Peter Hackett, dans sa chronique de l’album Out of the Ashes de Steve Unruh, terminait son texte par un « Peut-être que les praticiens de la guitare y trouveront leur bonheur », message évocateur pour l’amateur de guitare qu’est votre serviteur. Bien que la chronique de l’époque n’éveillait pas spécialement l’envie de se pencher sur ce musicien, l’occasion nous est offerte de nous plonger dans The Great Divide, sortie l’année dernière.
Steve Unruh est donc un multi-instrumentiste qui titille le violon, la flute, la guitare, la basse acoustique et la batterie. En résumé, celui-ci a fait sien l’adage qui dit que l’on n’est jamais mieux servi que par soi même. L’originalité de cet album est la totale orientation acoustique des instruments, contrairement à Out of The Ashes, ce qui reste assez rare dans le rock progressif. Un disque bio en quelque sorte…
The Great Divide est composé de quatre titres dont trois instrumentaux. Le seul morceau qui contient des paroles est « The Great Divide » et il se déploie sur sept parties pour une durée de 36 minutes. Ce morceau exploite une mélodie assez lancinante et mélancolique à travers différentes ambiances. Il contient quelques touches de tribal avec percussions à gogo, des séquences avec violons dans une douce mélopée couleur slave, de longues envolées instrumentales et même quelques paroles presque rappées. Steve Unruh s’en sort plutôt bien avec ce morceau même si quelques longueurs empêchent une concentration optimale tout au long de la pièce. Le thème de cette chanson ambitieuse est le grand fossé (the great divide) qui peut exister entre les sensibilités de différentes personnes concernant la transcendance et Dieu, notamment à notre époque rationaliste. Ce thème éculé a le mérite d’être traité avec finesse et mesure.
La première instrumentale, « Attack, Retreat, then Attack Again of the AcoustiChromatic Pixies » aux chromatismes supersoniques, impose un rythme soutenu à l’auditeur avec ce qu’il faut de vitesse, de contretemps et de dissonances pour le tenir en haleine jusqu’au bout. La certaine monotonie créée par le son de la guitare est bien compensée par la flute et le violon. A plusieurs reprises on pense aux ballades acoustiques de Neal Morse.
L’instrumentale « River’s Bend » est moins ambitieuse et plus simple dans la structure avec quelques accents de musique médiévale et certaines réminiscences de Mike Oldfield (Tubular Bells 2). « Seven Journeys East » s’avère aussi être très mélodique et varié, l’enjouement en plus, avec de nombreux changements de rythmes. Une saveur presque orientale vient pimenter le tout pour un résultat vraiment réussi.
Etant personnellement adepte du Trio Joubran, un trio de oudistes palestiniens proposant une musique acoustique extrêmement riche, j’ai été particulièrement sensible à certaines similarités qui pourraient faire de ce disque le pendant occidental de cette formation.
Bien que ce Great Divide offre de bonnes séquences et de l’authenticité, un sentiment de longueur peut laisser un gout amer à plusieurs endroits du disque. Heureusement, l’album n’est pas entièrement instrumental… Malgré tout, de très belles mélodies sont proposées ainsi que des passages de guitare acoustique très dynamiques («Attack, Retreat… ») sur lesquels un Dream theater acoustique ne ferait pas mieux (« Our Darkest Hour »).
L’originalité des instruments ainsi que le morceau « The Great Divide » sont des arguments forts pour éveiller l’intérêt des plus aventureux d’entre vous. On peut préjuger que le temps sera le meilleur allié de ce disque, en lui permettant de révéler ce qu’il a de mieux à offrir.
Donner sa chance à cet album c’est se réserver de nombreuses et agréables minutes de musique, ce qui n’est déjà pas si mal. Et en plus c’est bon pour la planète, comme ils disent…