Edguy et son leader, Tobias Sammet, sont des gens toujours plus pressés d’obtenir une reconnaissance à large échelle dans la scène métal mélodique. Pressés car lorsque sort « Mandrake », cinquième album du groupe, Edguy a en à peine plus de deux ans proposé l’album qui l’a propulsé très haut (Theater Of Salvation), ressorti son tout premier album (The Savage Poetry) et tourné très intensément un peu partout, du Wacken Open Air à quelques dates avec Iron Maiden. De plus, Sammet a trouvé le temps fin 2000 de proposer son premier disque solo avec Avantasia, superbe projet très ambitieux d’opéra métal en deux volets qui va rencontrer un certain succès.
Sans surprise, « Mandrake » se place dans la continuité des précédents efforts d’Edguy même si la recette a un peu évolué. La musique du groupe a mûri, l’aspect un peu naïf et frais des débuts a disparu au profit d’un heavy métal plus affirmé et moins typiquement speed. Le tout semble très clairement calculé et composé pour s’imposer auprès d’un large public métal et perd de ce fait un peu en spontanéité.
Tube fédérateur et judicieusement placé en début de disque, « Tears of a Mandrake » ouvre les hostilités de manière imparable. Avec son introduction douce suivie d'une belle montée en puissance dans un ton mid-tempo, un chant parfait, un refrain énorme facilement assimilable et des soli imparables, il fait partie des meilleurs morceaux d'Edguy, toutes époques confondues.
Avec « Golden Dawn », on se retrouve dans une ambiance très speed métal mélodique sur le refrain, même si le ton est plus heavy sur les couplets. Sammet s’y montre particulièrement incisif pour un résultat typique du style Edguy. Dans ce style rentre-dedans, notons « Nailed to the Wheel », très trompeur avec son introduction lente et acoustique qui enchaîne ensuite sur un pur heavy métal féroce et incisif dans l’esprit d’un Judas Priest ou d’un Accept.
D’autres compositions ressortent comme « Jérusalem » qui se montre plus facile d’écoute et très mélodique, mêlant un souffle épique et acoustique à un excellent break celtique sur une musique typiquement speed ou encore « All the Clows », bon titre bien heavy au niveau des guitares qui se distingue par son refrain accrocheur et entrainant. Edguy propose aussi un nouveau titre très long à tiroirs, « The Pharaoh », qui cette fois ci ne passe pas. Le début du titre, dans une veine métal progressif, ainsi que son passage central porté par un chant en canon dans l'esprit d'un Savatage, ne font pas oublier la longueur de l'ensemble et un thème, l'Egypte, devenu assez commun dans le métal.
Après « Wash Away The Poison », ballade classique et typique de la patte Sammet, agréable même si fort peu originale, le disque accuse un coup de mou. Les trois derniers titres ne sont pas foncièrement mauvais, mais semblent faire office de remplissage. Certes ils fonctionnent sur le moment, mais ils s’oublient assez rapidement. Refrains faciles, soli mélodiques, rythmes rapides et endiablés, le groupe nous ressort un schéma trop conventionnel pour vraiment marquer les esprits.
Au final, « Mandrake » reste un disque sympathique avec de bons titres qui valent le détour. Edguy montre une facette très professionnelle et se détache ainsi pas mal du son et de l’image de ses débuts. Espérons juste que l’âge adulte ne leur fera pas perdre leur candeur et leur inspiration.