Etrange objet musical non-identifié que cet album studio de Vidoll ! Lequel, me demandez-vous ? Aucune idée ! La commercialisation de la musique sur l'archipel nippon n'a en effet rien de comparable avec ce que l'on considère déjà comme des extrémités chez nous. A une profusion de singles (parfois en lieu et place des albums) s'ajoute une propension généralisée à la compilation. Tout y passe, des EP aux faces B, des remixes aux morceaux déjà parus sur d'autres compilations... Sans oublier les changements de line-up (très "people" au Japon) qui font qu'il devient très difficile de savoir qui a écrit quoi, quand, et quelle version de tel morceau est la bonne... Mais revenons-en à nos moutons : poétiquement intitulé Bastard, ce disque de Vidoll est, comme souvent avec les artistes japonais, surprenant par son décalage avec les canons occidentaux.
La première, et plus évidente caractéristique de Vidoll – et des musiciens de J-rock dans leur globalité - est cette aptitude fantastique à intégrer les codes du rock (fondamentalement occidental) à une création régie par leurs sensibilités si différentes des nôtres. Le résultat est ici un tourbillon fantasmagorique, une sorte de fanfare burlesque (ce que ne dément pas le look extravagant des protagonistes). Du rock au néo, de l'électro à la pop, des profondeurs de la musique de dessins animés à celle du métal industriel, l'auditeur se sent comme sur un grand 8, imprévisible et pourtant sûr, dont les rails seraient les lignes mélodiques qui structurent les différents morceaux. Là, malheureusement, le constat est nettement moins brillant.
Si la recherche sonore ("Sarah" en est un exemple très parlant, avec ses sonorités synthétiques et sa guitare flamenco) et le côté très premier degré de ce bricolage rendent l'album attachant, il est assez ardu de ne pas remarquer les emprunts plus ou moins discrets à une musique que les Nippons assimilent depuis longtemps, mais n'ont transformés à leur sauce que superficiellement. Riffs typiquement power métal, refrains pop, soli vaguement métal prog ("Neo Cinderella"), tout ça c'est bien beau, mais ça reste un peu pauvre. Reste la singularité, le frisson exotique d'entendre quelque chose de très inspiré et pourtant radicalement différent de ce que l'on connaît sur le Vieux Continent. Est-ce que ça vaut le coup ? Chacun jugera selon sa sensibilité !