Kickhunter est un des side-projects de Markus Großkopf, bassiste émérite d’Helloween, et fondé sept ans auparavant dans le Nord de l’Allemagne. Loin du power-métal des Hambourgeois, cette formation octo-faciale mène sa barque tranquille avec son hard-rock aux accents sudistes dont "All In" représente la troisième réalisation. Malgré une pochette rappelant l’enfer du jeu de Las Vegas, c’est aussi proche du Delta du Mississipi que Kickhunter semble avoir planter sa tente de rockeur et se charge de dépoussiérer le genre à sa manière en y injectant une belle dose de groove et une production ultra carrée assurée par Stefan Aurel lui-même.
Assumant leur musique sans craindre une seule seconde de se prendre en pleine face des portes de saloon, Kickhunter impose fièrement sa musique tantôt semblant tout droit sorti d’un western (l’intermède au piano "All In" suivi de "Shy Shy Shy"), tantôt flirtant avec un blues rock sudiste ("Boogie Town"…).
Seulement, "All In" ne se réduit pas à un musée d’histoire de la musique américaine, et commence d’ailleurs par un titre hard rock old school, "Mine All Mine", puissant et énergique, dévoilant d’emblée la technique affûtée des cinq musiciens, tout comme sur l’impressionnant cœur instrumental de plus de deux minutes de "Revolution" (Markus y va parfois lui-même de sa petite démonstration à l’instar de l’introduction de "Boogie Town") La reprise de Victory, "Checks In The Mail", interprétée par Mélanie Black, et lorgnant dans son genre avec les rythmiques d’AC/DC, ou celle moins probante de Blondie, "Call Me", restent elles aussi dans des formats plus conventionnels. Le dernier et très inspiré "Ocean", en presque sept minutes, se fait de son côté l’écho des embellies mélodiques de Pink Floyd.
Pourtant malgré cette riche variété, cet album n’est pas exempt de reproche, à commencer par le refrain de "Another Tears" qui effectivement fait pleurer mais par son côté vraiment cucul, ainsi que les deux ballades, et notamment "Deep In My Heart", genre musique pour grands espaces des plus dispensables.
"All In" reste un travail sans prétention, quoique très appliqué, fait semble t-il entre amis. Cela se ressent, et c’est ce qui fait de cet album un moment agréable à écouter, mais sans doute pas plus.