A la fin de 2001, Mike Holmes et Martin Orford d'IQ avaient ressuscité The Lens qui fut leur premier groupe. En réenregistrant la musique instrumentale figurant sur l'unique cassette autoproduite du groupe, "No TV Tonite", et en rajoutant quelques nouvelles compositions, avec le concours de Paul Cook à la batterie, les deux hommes nous avaient offert une des meilleures surprises de l'année. Une musique à la fois progressive et planante qui annonçait ce qu'allait être IQ (un thème réapparut même dans un morceau de "The Wake") tout en faisant apparaître l'influence de groupes tels que Ash Ra Tempel et Hawkwind.
Malgré le départ de Martin Orford, Michael Holmes a décidé de réaliser un nouvel album sous ce nom en faisant évoluer la musique en fonction de ses goûts pour le moins éclectiques. Holmes est depuis longtemps un féru de techno, trance, house music, ambient et autres genres affiliés, et si vous pensez aux groupes qui ont influencé The Lens, leur évolution les a amenés à intégrer parfois quelques éléments des artistes de la scène électronique, dont ils ont eux-mêmes fortement influencé la musique notamment avec les séquences de synthés, les sonorités dites parfois cosmiques et les pulsations rythmiques hypnotiques. Est-ce à dire que "Regeneration" est un album de techno ou de musique électro ? Certainement pas, mais on en retrouve par contre des éléments ici et là, et l'album se révèle souvent assez différent de son prédécesseur, ce qui n'est pas étonnant outre mesure lorsque l'on songe que la musique est cette fois entièrement de Mike Holmes et date de l'année passé et non pas de 30 ans !
Rien de choquant sur les deux premiers morceaux : le magnifique "Choosing A Farmer - Part IV" en ouverture, évoque le meilleur Pink Floyd des années 70 avec une lente envolée spatiale, dominée par des synthétiseurs aux timbres vaporeux et abstraits, un orgue Hammond resplendissant, une guitare jouée glissando avec, en intro, des dialogues d'astronautes. Le morceau est illuminé par une partie de saxophone suave et pleine d'émotion de Tony Wright, tandis que c'est le batteur original, Niall Hayden, qui tient les baguettes. Sur le rapide et complexe "… To The Power Of Five", nous sommes toujours dans un rock progressif aux timbres de synthés planants avec des parties de guitares lumineuses à la façon de Steve Hackett, le tout soutenu par un jeu de batterie très fouillé de Paul Cook.
En fait, Mike Holmes est The Lens à lui tout seul. Seulement aidé de Paul Cook à la batterie, et mises à part les deux contributions citées plus haut, Holmes est même parfois seul en lice, comme sur le bien nommé "Sequential" qui rappelle effectivement quelque peu Ash Ra Tempel dans les années 70, avec ses séquences superposées et sa guitare planante. C'est aussi le cas sur "Twenty-Eight", courte pièce atmosphérique à base de synthés digne des fresques cosmiques des années 70.
C'est surtout sur le long "Dreams" que The Lens étonne, utilisant des boucles rythmiques mêlées à une vraie batterie et des guitares assez plombées, des chœurs de mellotron grandioses en plus des synthés futuristes, plus quelques vocaux (un mot ou deux ici et là) murmurés d'une voix suave. Une section centrale complètement atmosphérique coupe le morceau en deux. On peut parler ici de fusion entre house music et rock progressif ! L'autre long morceau "Full Of Stars" (une référence à "2001"), le plus complexe de l'album, intègre lui-aussi des éléments de musique électronique tout en reprenant l'esprit et le son du meilleur IQ, tour à tour atmosphérique, rapide et accrocheur ou lent et puissant, avec solos de guitare et de clavier à la clé.
Les deux derniers titres sont plus relaxés : "A Little Robot Juice" est basé sur des synthés aux textures éthérées et une basse fretless mélodique, avant que ne se rajoute enfin une guitare discrète. Un morceau un peu dans l'esprit de certaines compositions de Patrick O'Hearn. Et le long final, "Slowdown", possède un petit côté post-rock, musique minimaliste avec une mélodie simple et mélancolique dont la lente progression aboutit quand même à une apogée émouvante.
Le seul regret serait que Mike Holmes ne nous offre pas davantage de ces solos de guitare lyriques dont il a le secret. Mais notre homme adore les claviers et chercher de nouvelles textures, ce dont il ne s'est pas privé tout au long de l'album. Finalement, "Regeneration" est un album original et varié, qui évite les écueils des genres dont il s'inspire, à savoir le côté prévisible et l'aspect répétitif. Un album destiné aux esprits ouverts, qui se révèle de plus en plus attachant au fil des écoutes.