Dans l’absolu et, un peu à l’instar d’un AC/DC, il ne peut pas vraiment exister de mauvais disque de Motörhead. Celui-ci recopiant (ou presque), depuis ses débuts en 1975, une recette demeurée inchangée, la déception se révèle de fait rarement – pour ne pas dire jamais – au rendez-vous, gageure qui tient de l’exploit eu égard à une longévité envieuse et à un nombre d’albums forcément conséquent.
Même une rondelle telle que la bien nommée Rock’n’Roll, pourtant celle qui a peut-être rencontré le moins de succès dans les charts britanniques, se laisse consommer comme une bonne pinte sans faux col. Renouant, grâce à Orgasmatron, avec une dynamique qui semblait l’avoir un peu déserté après l’échec – injuste – de Another Perfect Day (1983), le groupe retourne alors très vite en studio pour graver ce huitième album qui marque par ailleurs le retour, éphémère du reste, de Phil "Animal" Taylor, l’ex Saxon Pete Gill ayant quitté le navire après n’avoir finalement collaboré avec lui que sur un seul opus et quelques titres sur la compilation No Remorse. Côté guitares, la paire Würzel/Phil Campbell est reconduite (elle restera en place jusqu’en 1995), pérennisant la formule à quatre expérimentée sur Orgasmatron.
Pour autant, et bien que la patte Motörhead demeure toujours aussi indélébile, Rock’n’Roll ne ressemble pas vraiment à son aîné d’un an, dont il n’exploite pas la veine mid-tempo qui avait tant réussi à ce dernier le temps de deux titres d’anthologie. Faisant honneur à son nom, l’album est direct, sans fioritures tout en étant des plus mélodiques. L’hymne "Eat The Rich", initialement écrit pour le film éponyme aujourd’hui oublié, avec son refrain taillé pour chantonner sous la douche le matin (pour ceux qui se lave), est ainsi représentatif de la priorité accordée aux mélodies.
Comme toujours, le menu ne franchit que de peu la demi-heure, défile à vive allure, carburant aux lignes de guitares nerveuses à quatre mains ("Stone Deaf In The USA") qui lui confèrent un côté plus commercial, et à la voix goudronneuse d’un Lemmy fidèle à lui-même, accroché à sa Rickenbaker sale comme la rouille. Il distille une poignée de bonnes cartouches : "Rock’n’Roll", "Traitor" et surtout, ce "Boogeyman" remuant et étonnant avec son riff jubilatoire.
Sans être une pièce essentielle de la carrière de Motörhead, qu’on a tout de même connu plus inspiré, Rock’n’Roll ne peut pas décevoir. Il ouvre néanmoins la phase d’abstinence - discographique s’entend – la plus longue de la bande à Lemmy, l’effort suivant, le nettement plus mémorable 1916, ne voyant le jour que près de quatre ans plus tard !