Depuis 1996, Mike Amott mène de front deux groupes pour le moins opposés, Spiritual Beggars et Arch Enemy, encore que les récents méfaits du second, en trempant parfois leurs riffs dans le grand Hard-Rock, témoignent que l'on a bien à faire à un seul et même auteur. Au début pourtant, le Suédois apparaît comme un musicien quasi schizophrène, capable de se glisser dans les pompes de Ritchie Blackmore un jour pour le lendemain taillader la peau du vilain Death-Metal. Le fait qu'alors, et contrairement à aujourd'hui où, depuis le recrutement de la vorace Angela, le succès d'Arch Emeny a relégué Spiritual Beggars au rang de concubine besognée à intervalles irréguliers, les sorties de chacun de ses deux projets soient extrêmement rapprochées, peut sans doute expliquer cette forte dualité.
Ainsi, l'année 1998 voit le bonhomme jongler avec l'un (Stigmata) et l'autre (Mantra III), comme il l'avait fait deux ans plus tôt avec Black Earth et Another Way To Shine. L'inspiration dressée bien haut, le guitariste signe là un de ses meilleurs albums, tous groupes confondus et, objectivement peut-être le chef-d'œuvre de Spiritual Beggars car doté de titres plus forts que ses deux aînés et pas encore surproduit - Fredrik Nordström est pourtant déjà derrière la console - comme le seront Ad Astra et On Fire. On sent de plus, tout du long de ce Mantra III d'anthologie, une formation en pleine possession de ses moyens, et en parfaite osmose, ce qui ne tardera pas à ne plus être le cas.
On ne saurait trouver meilleures portes d'entrée que ce visuel halluciné, promesse de quelconque paradis artificiel et l'inaugural (depuis la réédition survenue deux ans plus tard) "Superbossanova", piste instrumentale feutrée et délicieusement psychédélique comme échappée d'un vieux film des années 60. Puis brutalement, "Homage To The Betrayed" déboule, lourd et velu. Il faut pourtant attendre le titre suivant, "Monster Astronauts", du même tonneau mais plus inspiré, pour pénétrer complètement les cavités intimes de cet opus bourré jusqu'à la gueule d'une semence Stoner grandiose. A commencer par le 'purplien' "Euphoria" où Amott se prend pour le maître Blackmore, donnant une leçon de feeling à tous les astiqueurs de manche façon Malmsteen. L'influence du 'Pourpe Profond' est aussi à l'honneur avec "Cosmic Romance" et son orgue Hammond (tenu - déjà - par Per Wiberg) qui dégueule de partout. Les claviers se révèlent d'ailleurs de plus en plus présents dans la musique du groupe, évolution que ne feront que confirmer les opus suivants.
Après cette entame du feu de dieu, le menu ne débande jamais, oscillant entre cartouches bluesy à la peau tannée ("Broken Morning", "Sad Queen Boogie"), enclume ultra plombées ("Bad Karma", "Lack Of Prozac"), pulsations hallucinogènes ("Inside Charmer", "Mushroom Tea Girl"). Les morceaux s'enchaînent, variés et d'une égale réussite, expliquant la place de choix qu'occupe Mantra III dans l'histoire du Stoner voire, pourquoi pas, du Hard-Rock tout court.
Délaissant l'ambiance 'van Westaphalia à fleurs', Ad Astra ira braconner encore davantage sur les terres métalliques, celles de Black Sabbath et surtout de Purple. Ce sera aussi le dernier album avec l'ogre Spice au chant et à la basse, ceci expliquant peut-être cela...